canardbleu

Couple

mardi 22 septembre 2015 par Maurice Guéguen

Mercredi 3 novembre

Je vais voir mon père presque tous les jours à la maison de retraite des Ursulines, souvent deux fois par jour. Je me débrouille pour y aller vers onze heures et demie et vers cinq heures et demie le soir, juste avant les repas, pour m’assurer qu’il se lève et qu’il va à la salle à manger. A ces heures là, les résidents valides sont tous sur le pont.

C’est ainsi que je connais tous ceux qui, encore autonomes dans leurs déplacements, fréquentent le hall d’entrée du pavillon des Acacias. Monsieur et Madame Joly s’y trouvent presque toujours.

Ils habitaient autrefois la région parisienne. Je crois qu’ils ont eu une vie heureuse. Au moment de la retraite, Monsieur Joly, qui est breton, a voulu se rapprocher de ses racines. Ils ont loué un logement dans notre ville et y ont vécu une vingtaine d’années. Malheureusement, Monsieur Joly a subi un AVC assez grave. Comble de malchance, son épouse, en lui rendant visite à l’hôpital, a fait une mauvaise chute ou un malaise - je n’ai jamais su exactement - et s’est trouvée fragilisée, elle aussi. C’est ainsi qu’ils ont finalement rejoint la maison de retraite, à quatre-vingts ans passés.

Monsieur Joly est en fauteuil roulant. Hémiplégique, il parvient à se diriger en le manœuvrant du pied droit et de la main droite. Il est encore assez actif : pendant quelque temps, il a fait partie du petit cercle de beloteurs des Acacias. Malgré son invalidité, il refusait d’utiliser le porte-cartes et préférait poser ses cartes retournées devant lui, ce qui lui imposait un effort de mémoire et une manipulation répétée avant de pouvoir jouer chaque pli. C’était une question de fierté : je crois qu’il aurait vécu le porte-cartes comme une régression. Les autres joueurs s’accommodaient de sa lenteur au jeu : en maison de retraite, on sait bien que rien ne va vite… Par contre, ils se sont vite fatigués de ses foucades de mauvais joueur, et le cercle des beloteurs s’est ainsi désintégré.

Ce qui frappe au premier abord, chez Madame Joly, c’est qu’elle ressemble à une vieille sorcière. Ses cheveux gris filasse, assez fournis pourtant, frôlent ses épaules et, selon ses mouvements, cachent parfois une partie de son visage. Dans ce salon blafard, la froideur de l’éclairage accentue le grisâtre de son teint. Les yeux gris, globuleux, les lèvres fines, des poils rebelles au menton et sous le nez à l’arête busquée et aux narines pincées, les rides de la vieillesse, tout dans son visage nous fait penser aux mégères des dessins animés. Qui pourrait croire que cette femme est sensible, perpétuellement attentive au bien être de son mari ? Instruite sans être très cultivée, c’est une compagne agréable. Un charme fugace, celui des années éteintes, éclaire parfois ses traits lorsque la gaieté de la conversation l’extrait de sa mélancolie habituelle.

Jeudi 4 novembre

Quand j’arrive, à onze heures trente, madame Joly est seule dans le hall.

− Monsieur Joly n’est pas là ?

− On l’a emmené à l’hôpital pour des examens, pour sa gorge. Il ne reviendra que demain, c’est long…

Depuis quelques jours, l’élocution de monsieur Joly était devenue laborieuse. Parler, mastiquer, avaler lui faisait mal.

− Ce n’est pas très long, madame Joly, et puis il faut bien qu’on l’examine, pour le soigner comme il faut !

− C’est long, il y a déjà plus d’une heure qu’il est parti…

Bien entendu, on a envie de sourire de cette vieille femme qui ne sait plus lire une montre ni calculer un horaire. On aurait tort.

En fait, madame Joly n’attend pas. Elle est simplement ravagée d’inquiétude. Son mari est malade elle devine que c’est grave. Pourquoi ne lui a-t-on rien dit ? Ils peuvent bien essayer de la rassurer, ce n’est pas ce qu’elle demande. Ce qu’elle voudrait, c’est s’en occuper. Elle sait bien qu’elle est vieille maintenant, qu’elle ne peut pas résister, même en paroles, à tous ceux qui les entourent, elle et son mari et tous les vieux des Ursulines… Mais au fond d’elle-même, elle se révolte encore une fois, parce qu’on l’empêche de veiller sur celui qu’elle est la seule à aimer, la seule, et la seule qu’il aime. Tous, ils font leur métier, des gestes techniques, ils font ce qu’ils doivent faire, elle le comprend, mais ils l’ont séparée de son homme, celui qui la complète, qui donne encore du sens à sa vie, qui fait d’elle une femme encore aujourd’hui. Si on ne le ramène pas, elle sera juste une ombre vide dans un couloir d’hospice.

Qu’est ce que ça peut faire qu’il soit parti depuis cinq minutes ou depuis un jour ? Il n’est pas là, son vieux bonhomme. Il a besoin d’elle, mais il est là-bas, isolé au milieu des inconnus qui l’ont pris. On lui a enlevé son mari, on doit le lui rendre. Rien d’autre ne compte, et surtout pas les montres, les horloges ni les horaires…

Vendredi 5 novembre

Il est dix-sept heures et monsieur Joly n’est pas encore revenu. Madame Joly n’en peut plus.

− Quelque chose ne va pas, pourquoi ils le gardent encore ? C’est long.

− Il va arriver, il n’est pas encore très tard, ce ne sont que des examens. C’est dur pour vous, mais ne vous inquiétez pas, il est en de bonnes mains, ils font tout ce qu’il faut…

− …

− Vous avez des enfants ?

− Un fils et une fille. Mon fils est à Marseille, évidemment c’est loin, ça serait mieux si on était restés à Paris. Il aurait pu venir de temps en temps et loger chez nous. Mais mon mari a voulu venir ici, et maintenant on est tout seuls… et en plus, il ne revient pas…

− Il faut patienter un peu, la journée n’est pas finie. Vous dites que vous avez une fille ?

− Une fille, à Pantin, mais elle s’en fiche, je n’ai pas de nouvelles. Pas comme mon fils, et ma belle-fille aussi, elle est gentille, ils téléphonent tous les jours…

Samedi 5 novembre

Monsieur Joly est revenu à onze heures ce matin. Il a un cancer de la gorge. Le docteur a parlé d’opération.

Madame Joly est soucieuse et presque souriante cependant : il est revenu, comprenez-vous ?

Lundi 21 novembre

Monsieur Joly se tient toujours dans le hall, en fauteuil roulant près de sa femme, assise à portée de main de son déambulateur.

− Ca va, monsieur Joly ?

C’est une question idiote. Tout le monde sait que ça ne va pas. Monsieur Joly se tient la tête baissée en vous regardant par en dessous, avec le regard méchant de l’impuissance rageuse. Il souffre. Il peut à peine déglutir. On a posé une serviette sur son plastron, pour recueillir la salive qui coule en permanence de sa bouche douloureuse. Il est de plus en plus avachi sur son côté gauche, paralysé. Il a du mal à mobiliser son côté droit comme naguère.

Il continue cependant de se rendre à la salle à manger. Il roule lentement, en zigzaguant. On le rencontre parfois coincé contre un radiateur du couloir, incapable de reculer pour se dégager. Si on se contente de le remettre bien au milieu dans l’axe du couloir, on a toutes les chances de le retrouver bloqué contre un chariot en stationnement ou dans une encoignure. Le mieux est de le pousser, mais sans trop insister, parce qu’il n’a rien perdu de la susceptibilité qui a fait sa réputation à la belote. Il faut rouler lentement, car il se force à accompagner le mouvement de sa jambe valide, se refusant à utiliser les cale-pieds, risquant ainsi de se tordre la cheville à chaque instant. Un grognement vous indiquera qu’il rejette votre aide ; sa femme, qui le suit toujours avec son déambulateur, intervient : « C’est pour t’aider, laisse toi faire ! ». Selon l’urgence du moment, vous l’abandonnerez ou vous persisterez à l’accompagner, mais vous ne trouverez pas vraiment la bonne solution…

A table, on lui sert une nourriture moulinée qu’il peine cependant à avaler. Comme toujours, il refuse toute aide ; il s’obstine à manger seul son yaourt, utilisant sa cuiller de sa main valide, refusant qu’on tienne le pot sur la table pour lui faciliter la tâche. Invariablement, la cuiller soulève le pot, plus léger à mesure qu’il se vide, le yaourt se renverse par terre, sur la table dans le meilleur des cas, sur son pantalon quand il manque de chance. L’aide soignante nettoie. Il se vexe et se fâche. Sa femme s’agace. Et tous deux repartent de mauvaise humeur, pour une sieste dans le secret de leur chambre commune.

Peuvent-ils dormir ? Quelles pensées les agitent ? Laisse-t-il s’exprimer un peu de la tendresse dont déborde son épouse ? Ose-t-elle, par une caresse, un geste, un sourire, une parole, essayer de prendre une part de sa douleur ? Parlent-ils, ont-ils encore des mots pour surprendre, pour accrocher l’attention sur leur vieil amour, un peu terni, un peu usé, et tellement utile encore ? Ou bien s’enferment-ils chacun dans son silence, par peur de trop en dire, de blesser, de s’exposer, d’affaiblir l’édifice qui tient encore leur souffle et leur raison ?

Les photos de famille, accrochées au mur, posées sur la table, les quelques objets sauvés de leur passé, un vase, un réveil, un santon, une lampe, concentrent-ils encore assez leur regard pour autoriser une évasion vers un souvenir heureux, ou bien recueillent-ils seulement un œil distrait, vaguement agacé ?

Deux aides soignantes arrivent vers quinze heures. Ils sont réveillés. Elles les aident à se lever, à se rendre aux toilettes. Ils attendent le goûter, un jus de fruits et une madeleine que monsieur Joly ne mange pas. Un peu plus tard, les voilà tous deux dans le hall. Immobile sur son siège, madame Joly se laisse distraire par les allées et venues du personnel, des visiteurs, des résidents. Son mari tue l’ennui et trompe sa douleur en roulant vers une fenêtre, vers la porte, vers la plante verte ; il s’assure qu’elle est toujours en plastique. Il revient vers sa femme. Ils attendent.

Madame Campion arrive ; elle pose sa canne près du déambulateur de madame Joly ; elle s’assied ; les dames se disent bonjour, monsieur Joly grogne ; on dit qu’il fait beau aujourd’hui mais qu’il n’a pas l’air de faire chaud ; on dit aussi qu’on a bien mangé à midi ; on se tait ; on regarde ; on attend.

Un peu avant dix-huit heures, les dames s’ébrouent ; madame Campion part vers la salle à manger. Monsieur Joly roule tant bien que mal dans le couloir principal et bifurque à gauche vers sa chambre : il ne mangera pas ce soir. Son épouse qui l’a suivi essaie de le retenir, mollement ; elle sait qu’il a mal, qu’il n’écoutera pas. Une aide soignante viendra tout à l’heure essayer, sans succès, de lui faire avaler un peu de potage ou de purée.

Madame Joly repart vers la salle à manger. Morne et défaite, elle ne veut pourtant pas renoncer. Ses commensaux seront aussi ternes qu’elle même, mais les aides soignantes, des jeunes femmes vivantes, vont lui parler, attendre ses réponses, lui sourire, aller et venir, distribuer un peu de gaieté… Cela fait tellement de bien de croire à la vie, une heure seulement…

Vendredi 9 décembre

Madame Joly est seule dans le hall ; son mari a été emmené à l’hôpital pour une visite chez le spécialiste.

− C’est long d’attendre quand on est seule…

− Ils vous ont dit pour combien de temps ils en avaient ?

− Une heure.

− Et il est parti depuis combien de temps ?

− Une demi-heure.

− Alors il n’est pas en retard, tout est normal, ne vous inquiétez pas.

− Oui mais c’est long, et personne ne me dit rien, je ne sais pas pourquoi ils l’ont pris…

Elle devine, elle sait que sa santé est bien plus dégradée que la première fois qu’ils l’ont emmené. Elle n’a pas confiance. L’autre jour, quelqu’un a parlé d’opération ; et s’ils avaient décidé de l’opérer sans lui en parler ? Et même s’ils ne l’ont pas encore décidé, ils pourraient le faire à la suite de l’examen ? Et alors, quand reviendra-t-il ? Dans quel état ? Il est tout tordu, baveux, impotent, malade : elle s’y est habituée, comme elle s’était habituée à la vie provinciale, puis à la maladie, puis à la maison de retraite, puis au fauteuil roulant. Elle s’y est habituée parce que c’est toujours son mari, elle le reconnaît, elle le prend comme il est, elle l’aime. Elle ne veut pas qu’on le lui abîme, elle veut qu’il revienne.

Voici l’ambulance qui revient, à l’heure dite. On installe monsieur Joly sur son fauteuil roulant et il reprend sa faction dans le hall. Sa femme l’effleure d’une caresse sur la main. Il est comme avant, il est revenu, pour l’instant rien n’est changé. Elle va pouvoir s’en occuper. Elle le questionne ; il répond comme il peut, c’est inaudible et indistinct. Elle reconstitue tant bien que mal : il a vu le docteur, qui l’a regardé, qui n’a rien fait, il n’a pas parlé d’opération, il va donner de nouveaux médicaments, la douleur n’a pas changé, c’est tout, il veut la paix.

Samedi 10 décembre

Le médecin des Ursulines a reçu le rapport du spécialiste et vient aussitôt en rendre compte à monsieur et madame Joly.

Le cancer est toujours là. Pour le stabiliser, il vaut mieux poursuivre avec les médicaments. On a prescrit des remèdes plus puissants, surtout pour calmer la douleur. Une opération ne changerait pas grand-chose pour l’instant On verra dans deux ou trois semaines comment ça évolue.

Madame Joly n’est pas certaine d’avoir bien compris ; elle aurait voulu qu’on lui dise : « ça va mieux ». Elle ne pose pas de questions, peut-être par peur de s’embrouiller davantage. De toutes façons, elle ne sait pas poser de questions à un docteur, elle ne sait même pas si elle en a le droit, elle est tellement vieille.

Ce qui est sûr, c’est que son mari est revenu et qu’on ne parle plus d’opération. C’est déjà ça…

Lundi 19 décembre

Monsieur Joly va de plus en plus mal. Grâce aux nouveaux médicaments, la douleur s’est un peu calmée les premiers jours, ce qui lui a permis de dormir un peu mieux. Mais elle est revenue, plus forte, plus lancinante. Sa langue a encore gonflé. Il a de plus en plus de mal à déglutir. Il se nourrit seulement de compléments protéinés, il ne boit plus mais on l’hydrate par de l’eau gélifiée. Le médecin, qui passe maintenant tous les jours, vient d’annoncer qu’on allait placer une perfusion chaque jour pour le nourrir plus facilement.

Il ne sort presque plus de la chambre. Madame Joly ne le quitte plus, sauf pour aller manger, et pour une petite promenade rapide trois ou quatre fois par jour jusqu’au bout du couloir.

Mardi 20 décembre

Il est presque midi quand j’arrive dans la chambre de mon père ; c’est lui qui m’apprend que monsieur Joly est mort ce matin à cinq heures, dans sa chambre. On l’a transporté au centre funéraire municipal.

Je trouve son épouse installée dans la salle à manger. Je l’embrasse et la console comme je peux. Deux aides soignantes l’ont emmenée voir son mari en fin de matinée. Elle est épuisée, presque déjà sans larmes.

Je reviens le soir, à l’heure du souper. Je la retrouve de nouveau dans la salle à manger. Elle revient à l’instant du centre funéraire où on l’a conduite une deuxième fois.

− Mon mari est à l’hôpital, je suis resté avec lui, ils le font dormir. C’est drôle, je lui ai parlé, mais il ne se réveille pas, même quand je l’ai embrassé, il ne bouge pas, il a toujours les yeux fermés…

Son esprit s’est débranché.

Mercredi 21 décembre

Madame Joly est revenue dans le hall. Que vais-je lui dire ? Que sait-elle ce matin ?

− Vous avez des nouvelles de votre fils, madame Joly ?

Elle répond avec clarté. Son fils va venir, il est déjà en route, elle l’attend ce soir ou demain matin, car il faut longtemps pour faire la route de Marseille. Après les obsèques, elle partira habiter chez lui pendant quelque temps.

Elle a donc retrouvé ses esprits. Son absence de quelques heures lui a permis de se reposer, de faire de sa détresse une tristesse presque ordinaire, de croire que le début de cette éternité de séparation n’était qu’une absence momentanée, curieusement inexpliquée, mais dont il était inutile de s’émouvoir. Ainsi, quand ils étaient jeunes tous les deux, ils dansaient le dimanche après-midi dans une guinguette au bord de l’eau ; ils ne savaient plus qu’il y aurait un lundi matin. Oh bien sûr, hier soir, elle n’est pas allée au bal, elle s’est seulement mise en congé de la réalité, qu’elle regarde en face ce matin.

Et pour l’instant, la réalité, c’est l’arrivée annoncée de son fils. Elle a recommencé à attendre, et il s’agit cette fois d’une véritable attente, qui se terminera forcément par une consolation.

Jeudi 22 décembre

Son fils n’est pas arrivé. La nuit tombe déjà, il ne viendra pas aujourd’hui. Elle ne comprend pas.

Vendredi 23 décembre

C’est l’après-midi des obsèques, au centre funéraire municipal. J’arrive en retard, on ne m’a pas donné le bon horaire. Ce n’est pas une véritable cérémonie, juste une levée de corps, suivie d’une incinération. Nous sommes six : madame Joly, deux couples d’une cinquantaine d’années et moi. C’est simple, neutre, administratif, efficace.

Nous sortons, j’embrasse madame Joly. Elle me présente son fils, sa fille et leurs conjoints. Je suis content que ses deux enfants soient venus, même sa fille dont elle ne parle jamais, qui ne se soucie jamais d’elle.

C’est terminé, je m’en vais.

Samedi 24 décembre

− Bonjour, madame Joly !

− Mon fils est reparti ce matin… à Marseille, chez lui.

Sa fille ? Elle hausse les épaules.

− Il dit que je vais aller chez lui, dans quinze jours, il faut qu’ils arrangent le logement. Je dormirai chez lui et j’irai la journée… je ne sais pas où…

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Dimanche 22 janvier

Madame Joly est toujours là, assise dans le hall. Elle dit que son fils lui téléphone tous les jours. Je ne lui demande pas où en est ce projet d’aller vivre près de lui.

Maurice Guéguen, 2015


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